Flavien Hillat fait son grand retour sur Good Visa ! Après l’épisode 27 sur le Svalbard qui reste l’un des coups de cœur des auditeurs, cet aventurier et réalisateur de documentaires revient pour partager une nouvelle expédition, radicalement différente. Habitué des terres glacées de l’Arctique, Flavien a cette fois choisi d’affronter l’exact opposé : le désert du Sahara. En janvier 2025, avec ses trois compagnons d’aventure Thomas, Vincent et Gatien, il s’est lancé dans ce qu’il appelle avec autodérision « une belle connerie organisée, une folie consentie ».
Pendant un mois, ce quatuor improbable a traversé la vallée du Drâa, entre le Maroc et l’Algérie, en tirant deux chariots faits maison chargés à 400 kg chacun. Près de 200 kilomètres à pied dans un environnement hostile et pourtant fascinant, loin de l’image de carte postale qu’on se fait du désert. Car le Sahara que découvre Flavien n’est pas celui des films : les dunes ne représentent que 20% du paysage. Le reste ? Des champs de cailloux, des oasis verdoyantes, des montagnes dignes de Monument Valley, et même des champs de fleurs jaunes à perte de vue.
Dans cet épisode, Flavien nous emmène bien au-delà du simple récit d’aventure. Il partage les rencontres inoubliables avec les nomades comme Omar et son thé « très serré », les frayeurs face à des rencontres plus inquiétantes, mais aussi et surtout le voyage intérieur qui a commencé bien avant le départ. La culpabilité de laisser sa fille d’un an, le conflit entre l’aventurier et le père de famille, le silence du désert qui force à se regarder en face, et ce retour si difficile où le cerveau doit réapprendre le bruit du quotidien. Un témoignage profondément humain sur ce qui nous pousse à partir, même quand on ne sait pas vraiment pourquoi.
Prenez le temps d’écouter cet épisode : c’est une invitation à dire oui à l’aventure, quelle que soit sa forme.
Références mentionnées :
- Le livre de Flavien Hillat : Quatre allumés dans le Sahara, aux Éditions du Trésor
- Réécouter l’épisode 27 avec Flavien sur le Svalbard, épisode coup de coeur des auditeurs
- Livre mentionné : L’École des explorateurs d’Alban Michon
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Le podcast Good Visa est produit et présenté par Camille Merel.
Musique : Camille Merel
Chapitres :
Le Sahara à travers les yeux de Flavien Hillat : quand l’aventure devient introspection
« Le désert ne se traverse pas. Il s’infiltre, il s’insinue dans les plis des vêtements, dans les poumons, sous la peau. » Cette phrase de Flavien Hillat résume à elle seule l’essence de son expédition dans le Sahara : bien plus qu’un défi physique, c’est un voyage vers l’intérieur.
Une « belle connerie organisée » entre amis
Quand Flavien Hillat annonce à ses trois compagnons d’aventure qu’il veut traverser le Sahara, la réaction est immédiate : ils adhèrent sans hésiter. Habitués aux expéditions polaires en Laponie suédoise et au Svalbard, Thomas, Vincent et le nouveau venu Gatien acceptent de troquer le froid extrême contre la chaleur écrasante du désert. Pendant un mois, en janvier 2025, ces quatre amis ont parcouru près de 200 kilomètres dans la vallée du Drâa, entre le Maroc et l’Algérie, en tirant deux chariots faits maison pesant 400 kg chacun.
Contrairement à leurs précédentes expéditions, celle-ci n’avait pas d’objectif scientifique ou humanitaire. Comme le raconte Flavien dans l’épisode 47 du podcast Good Visa, « C’était surtout un but introspectif. Se retrouver entre nous, loin de tout, loin de la civilisation, découvrir un nouvel environnement et sortir de sa zone de confort. » Une approche de l’aventure qui tranche avec la course aux records et aux exploits extrêmes qu’on voit souvent sur les réseaux sociaux.
Une préparation entre débrouillardise et incertitude
La préparation d’une telle expédition ne s’improvise pas, même si l’équipe d’Arctic Fools (le nom de leur groupe) privilégie l’aventure à la planification militaire. Les chariots ont été fabriqués sur mesure en aluminium, équipés de roues de fat bike adaptées au sable, capables de supporter plus de 200 kg chacun. À l’intérieur : vivres pour un mois, eau en quantité, matériel de bivouac, trousse médicale complète… et quelques « conneries inutiles » comme une paire de skis de randonnée et un parapente, qui se révéleront être les meilleures décisions du voyage.
La grande inconnue restait l’eau. Dans le désert, pas question de faire fondre la neige comme au Svalbard. Flavien a pris contact avec Yaya, un homme sur place qui leur a fourni les coordonnées GPS des puits d’eau le long de leur itinéraire. « On était sûr de rien. Ces puits pouvaient être séchés ou inexistants. On n’avait aucune garantie », confie Flavien. Ce flou fait partie intégrante de leur philosophie : « Si tu as 20% de certitude, tu peux partir. » Heureusement, la plupart des puits étaient fonctionnels, même si quelques frayeurs ont ponctué le parcours.
Le Sahara, bien plus que des dunes
L’une des grandes révélations de cette aventure, c’est la diversité des paysages sahariens. « Dans l’imaginaire commun, le désert c’est du sable, des dunes. Mais ça représente seulement 20% du terrain », explique Flavien. Le reste ? Des étendues de cailloux à perte de vue, des plaques de sable craquelé qui produisent un son ASMR fascinant quand on marche dessus, des montagnes rocheuses dignes de Monument Valley, et même des oasis luxuriantes bordées de palmiers.
En janvier, période où les serpents et scorpions hibernent sous le sable, le désert révèle une autre facette : sa verdure. Les pluies de l’automne avaient transformé certaines zones en champs d’immortelles, ces petites fleurs jaunes qui créaient des tapis colorés à perte de vue. Les chameau sauvages (ou plutôt les troupeaux de chameaux valant entre 2000 et 4000 euros pièce) croisaient régulièrement leur chemin. Et même quelques plantes comestibles au goût de radis venaient agrémenter leurs repas, même s’ils ont appris plus tard qu’une espèce ressemblante était toxique…
Des journées entre effort et contemplation
Une journée type dans le Sahara commençait par un réveil en musique, un petit-déjeuner copieux, puis une à deux heures pour plier le camp et charger minutieusement les chariots. Chaque bagage devait être placé avec précision pour l’équilibre. « Au fur et à mesure des jours, on était vraiment bons pour tout ranger à sa place », se souvient Flavien. Le départ se faisait vers 10h-10h30, et la marche durait jusqu’à 16h selon les jours.
Certaines journées, ils parcouraient 20 kilomètres, un bel exploit avec 400 kg à tirer. D’autres jours, seulement 3 kilomètres quand le sable était trop profond ou les conditions difficiles. Contrairement aux expéditions ultra-engagées où chaque kilomètre compte, l’équipe d’Arctic Fools privilégiait le plaisir et la découverte. « On n’est pas là à se mettre une pression monstre. Si on part, c’est pour se détendre, pour couper de tout le reste », insiste Flavien.
Les soirs étaient consacrés aux rituels : apéro, musique, popote collective, puis chacun dans sa tente avec un livre ou des écouteurs. Le coucher se faisait tôt, vers 22h. Et bien sûr, il y avait le soin quotidien du coude de Gatien, qui s’était blessé en moto un mois avant le départ et dont la plaie infectée nécessitait des soins méticuleux chaque soir.
Les rencontres, cœur battant du désert
Si le silence et l’immensité du Sahara marquent, ce sont surtout les rencontres humaines qui ont profondément touché Flavien et ses compagnons. Les nomades, chameliers et locaux se sont révélés d’une hospitalité extraordinaire. À chaque croisement de route, ils faisaient un détour pour saluer ces étrangers tirant d’étranges chariots, leur offrant tomates, poivrons, fruits, et surtout du thé. Beaucoup de thé. « J’ai jamais bu autant de thé que là-bas », rigole Flavien.
La rencontre avec Omar reste un moment fort de l’expédition. Ce nomade qui vit à l’année dans le désert, près de l’oasis sacrée, a accueilli Thomas et Flavien pendant deux jours alors que Vincent et Gatien étaient partis en ville réparer une roue cassée. Omar construit lui-même ses abris avec des briques de sable séché, vit de façon rustique avec juste un petit frigo alimenté par panneau solaire. En échange de son hospitalité, Flavien et Thomas ont passé la journée à l’aider à transporter des briques et construire un mur. « C’était important pour nous de partager ce moment, de le remercier », confie Flavien.
Omar leur a confié sa tristesse face à l’évolution du tourisme : « Avant, les gens prenaient le temps de discuter, de rester. Maintenant, ils viennent à l’oasis, prennent une photo et repartent. » Cette observation résonne avec la philosophie d’Arctic Fools, qui privilégie l’immersion et la rencontre à la consommation rapide d’expériences.
Quand l’humain devient la variable la plus imprévisible
Si la plupart des rencontres furent bienveillantes, deux épisodes ont rappelé que le désert n’est pas exempt de dangers. Le premier : la visite matinale d’un homme en costume, sortant d’une jeep de luxe, qui leur a demandé leurs passeports et les a interrogés sur ce qu’ils avaient vu. Cela faisait suite à l’observation d’une comète tombée près de leur bivouac la veille au soir. « Il faisait clairement partie du gouvernement et savait très bien qui on était », raconte Flavien. Mystère non résolu.
La deuxième rencontre, plus inquiétante, s’est produite à 23h dans leur campement. Une voiture fonçant à toute vitesse, musique à fond, s’est approchée dangereusement. Le conducteur, visiblement alcoolisé, est devenu agressif quand ils ont braqué une lampe vers lui, crachant par terre et parlant dans un dialecte incompréhensible. Après être reparti en trombe, il a fait demi-tour et foncé droit sur leur camp. « On s’est dit : il va nous écraser », se souvient Flavien. Heureusement, l’homme est passé à côté et a fini par partir. Mais ils sont restés une heure à scruter les bruits, Gatien avec une pelle, Flavien avec son couteau, au cas où il reviendrait.
Ces moments rappellent que « l’humain reste la variable la plus imprévisible », même dans un désert qui semble désert.
Ski et parapente sur les dunes : le rêve réalisé
L’un des moments forts de l’expédition fut l’ascension de la plus haute dune de la zone. Pour cet événement, l’équipe avait traîné pendant des jours du matériel « inutile » : une paire de skis de randonnée et un parapente. Mais cette « connerie » pesant 20 kg supplémentaires allait se transformer en souvenir inoubliable.
Ils ont gravi la dune en ski de randonnée, avec des virages dans le sable chaud, puis ont décidé de bivouaquer au sommet. « Pour moi, c’était le plus beau bivouac de l’expédition, hormis ceux de l’Arctique. Imagine : au sommet d’une dune, entouré de dunes à perte de vue, avec les étoiles au-dessus de ta tête », décrit Flavien avec des étoiles dans les yeux. Le lendemain matin, descente en parapente. Le combo parfait. « C’était un rêve de plus accompli. »
Le silence du désert et la bataille intérieure
Au-delà de l’aventure physique, cette expédition a été pour Flavien un voyage intérieur intense. Avant même de partir, il était tiraillé entre son besoin viscéral d’aventure et sa culpabilité de laisser sa fille d’à peine un an. « Je me disais : je vais louper un mois de sa vie, ses premiers pas peut-être, ses premières paroles. Est-ce que je suis égoïste ? » Cette bataille entre l’aventurier et le père de famille l’a accompagné jusqu’au départ.
Dans le désert, le silence omniprésent force à l’introspection. « Tu n’as aucun bruit, à part le vent et les roues qui craquent. Ça permet de se recentrer sur soi, sur ses choix de vie, sur des sujets auxquels on ne pense pas au quotidien parce qu’on est toujours distrait », explique Flavien. Ce silence, semblable à celui de l’Arctique, est devenu un espace de réflexion profonde sur le sens de l’aventure et sur ce qui le pousse à partir.
Flavien partage cette réflexion poignante dans son livre « Quatre allumés dans le Sahara » : « J’ai parfois le sentiment que l’aventure, c’est un mot qu’on pose sur les décisions qu’on arrive pas à justifier. Je suis un mec un peu paumé qui s’invente des épreuves pour ne pas s’effondrer. Un mec qui a besoin de silence pour entendre quelque chose à l’intérieur. »
Le retour, ce moment plus difficile que l’expédition
L’un des sujets les plus importants que Flavien aborde dans l’épisode de Good Visa, c’est le retour. « Dans tous les livres d’aventure, même dans les films, on ne parle jamais du retour. On parle de l’avant, du pendant, mais jamais de l’après. Et pourtant, pour moi, l’après est souvent plus difficile que le pendant. »
Après un mois passé dans le désert, avec pour seuls repères le sable, le soleil et le silence, le cerveau se formate à cette simplicité. Le retour à la civilisation est un choc violent : les bruits, les odeurs, les couleurs, les écrans, les responsabilités qui reviennent d’un coup. « C’est un boufon, tu te prends tout dans la tête. J’étais perdu, je me disais : qu’est-ce que je fous là ? Là-bas j’étais bien, j’avais moins de soucis. »
Flavien cite le livre « L’école des explorateurs » d’Alban Michon, l’un des rares à aborder ce phénomène scientifiquement prouvé : la dépression du retour. Quand le cerveau est privé de stimuli pendant longtemps, il s’adapte. Le retour brutal dans un environnement surchargé provoque une véritable agression neurologique. « Il te faut du temps pour te réadapter », explique-t-il.
Pour Flavien, l’écriture de son livre « Quatre allumés dans le Sahara » a été sa bouée de sauvetage. « Je me suis mis dans mon coin pendant un mois à écrire. Ça m’a permis de revenir en douceur, de rester mentalement plongé dans le désert. » Une thérapie par les mots.
L’aventure à portée de main : le message de Flavien
Le message que Flavien souhaite faire passer est limpide : l’aventure n’a pas besoin d’être démesurée pour avoir du sens. « Il faut sortir de cette logique du toujours plus, du risque extrême, du ‘j’ai failli mourir’. Ça, c’est pour flatter son ego ou vendre sur les réseaux. Moi, je veux montrer que c’est accessible. »
Il insiste sur le concept de « microaventure » : ces petites échappées du quotidien qui nourrissent l’âme voyageuse sans nécessiter un mois dans le désert. « Récemment, je suis parti courir 15 km à 23h avec mon chien. Au milieu, je me suis arrêté dans un bar, j’ai bu une bière tout seul, un truc que je n’avais jamais fait. Et j’ai kiffé. Sortir de sa zone de confort, même chez soi, c’est déjà de l’aventure. »
Son conseil ? Dire oui. « Si on te propose un truc que tu n’as jamais fait, tu dis oui. Au pire tu n’aimeras pas, au mieux tu aimeras. Mais si tu ne le fais pas, tu ne sauras jamais. » Cette philosophie du oui, Flavien l’applique dans sa vie : création d’un club de running avec des amis, sorties impromptues, découverte de nouveaux endroits même dans sa ville de Nice.
Pour les parents qui craignent de ne plus pouvoir voyager après la naissance d’un enfant, Flavien est formel : « Tout est possible. C’est un équilibre à trouver. Oui, la vie change, mais il ne faut pas se dire que parce qu’on a un gosse, on ne fait plus rien. J’ai fait des randonnées en montagne avec ma fille de 4 mois dans le sac à dos. Il faut donner l’envie aussi. »
Son rêve ? Emmener sa fille un jour traverser un désert, puis peut-être même le Svalbard quand elle sera plus grande. En attendant, il continue de chercher ce qui le pousse à partir, cette flamme intérieure qu’il ne sait pas toujours nommer mais qui le guide vers de nouvelles aventures, toujours entre potes, toujours dans le plaisir.
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