Isia Mook est accompagnatrice en montagne, originaire des Alpes et installée depuis peu en Ariège dans les Pyrénées. Voyageuse depuis l’enfance, elle a rencontré Guillaume, son compagnon, à qui elle a transmis sa passion des grands espaces. Ensemble, ils ont enchaîné les aventures à pied : traversée de l’Islande (400 km en 14 jours), la Laponie suédoise sur la Kungsleden, la Corse sur le GR20 en autonomie complète. À chaque trek, une même aspiration : aller plus loin, plus sauvage, plus vrai.
La Tasmanie, Isia la connaissait déjà. Elle y avait passé près de deux ans lors d’un visa vacances-travail avant de rencontrer Guillaume. Cette île australienne, souvent confondue avec la Tanzanie, l’avait marquée pour sa biodiversité unique, ses paysages tempérés et sa faune endémique. L’idée de la traverser à pied, du sud au nord, le long de sa côte ouest la plus sauvage, a mûri pendant des années. Quand enfin ils se lancent, c’est pour 530 km, dont plus de la moitié hors de tout sentier balisé, 38 jours en autonomie totale, sans route, sans habitation, sans présence humaine.
Dans cet épisode du podcast voyage Good Visa, Isia raconte tout : la préparation minutieuse des repas déshydratés pendant deux mois, les rivières traversées à la nage avec les sacs sur un matelas gonflable, les murs de végétation où 100 mètres peuvent prendre une heure et demie, les sept diables de Tasmanie croisés en chemin, les gravures aborigènes découvertes par hasard au fond d’une grotte, et cet ensauvagement progressif — ce moment où l’on arrête d’éviter la boue, où l’on boit dans des flaques, où les instincts reprennent le dessus.
Le message d’Isia ? L’aventure n’a pas besoin d’être extrême pour être vraie. Pas de sponsors, pas de matériel hors de prix. Juste l’envie d’y aller. Cet épisode est une invitation à se lancer, et à vivre l’aventure à sa mesure.
Les références :
- Le compte Instagram d’Isia et Guillaume : @au.dela.des.sentiers
- Leur site web pour leur livre et leur film
- Pauses musicales : Aleksey Chistilin, Lost in the enchanted Woods
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Le podcast Good Visa est produit et présenté par Camille Merel.
Musique : Camille Merel
La Tasmanie à travers les yeux d’Isia Mook : 38 jours en autonomie sur la côte la plus sauvage d’Australie
Quand deux aventuriers décident de disparaître 38 jours dans la nature la plus intacte d’Australie, sans réseau, sans chemin balisé, sans autre compagnie que les diables de Tasmanie et les serpents tigres, l’aventure prend une tout autre dimension. Isia Mook raconte dans ce nouvel épisode du podcast voyage Good Visa comment elle et son compagnon Guillaume ont traversé à pied la côte ouest de la Tasmanie : 530 kilomètres entre forêt primaire, falaises vertigineuses et Océan Austral.
La Tasmanie, cette île méconnue au bout du monde
La Tasmanie est souvent mal connue, voire confondue avec la Tanzanie. Pourtant, cet État australien mérite bien mieux que l’anonymat. Isia Mook l’explique avec précision dans cet épisode du podcast Good Visa : la Tasmanie représente 1% du territoire australien, soit environ la superficie de la région Occitanie, quelque 350 km sur 400 km. Son climat tempéré, ses montagnes enneigées en hiver, ses forêts primaires et sa faune endémique en font un territoire radicalement différent du reste du continent. Isia y avait déjà passé deux ans lors d’un visa vacances-travail. C’est précisément pour cette richesse naturelle et ce côté sauvage intact qu’elle et Guillaume ont choisi d’y revenir pour leur plus grande expédition à ce jour.
La préparation, un pilier de l’aventure
Ce qui distingue Isia et Guillaume, c’est l’attention portée à la préparation. Avant de s’élancer, ils ont passé du temps sur place pour se familiariser avec l’environnement, se renseigner auprès des locaux et surtout préparer leur nourriture. Pendant plus de deux mois avant le départ, ils ont déshydraté l’intégralité de leurs repas. Une technique économique et personnalisée qui leur permet de manger des plats cuisinés à leur goût, assaisonnés maison. « En trek, c’est ce qui nous donne de l’énergie à la fois au corps et à l’esprit », explique Isia. Les sacs, au plus lourd, atteignaient 22 à 23 kilos avec les chaussures.
Deux ravitaillements avaient été organisés en amont : un premier colis livré par avion dans une station ornithologique en plein milieu du parc national, au bout de six jours de marche, le second récupéré dans le petit village de Strahan, où leur voiture avait été gardée par des habitants locaux. Une logistique impeccable au service de 38 jours en totale autonomie.
530 kilomètres entre sentier et hors-piste
L’itinéraire longe la côte ouest de la Tasmanie du point le plus au sud au point le plus au nord. Les six premiers jours se déroulent sur un sentier balisé, une sorte de mise en jambes progressive. Puis c’est le grand saut : vingt-cinq jours en autonomie totale, hors de tout sentier balisé, avec l’Océan Austral comme seul repère. « Il y avait l’océan à notre gauche. Si tu suis l’océan, tu ne peux pas te perdre », résume Isia.
Mais la réalité est bien plus complexe. Les murs de végétation, particulièrement denses autour des rivières qui se jettent dans la mer, rendent parfois la progression quasi impossible. « Pour faire cent mètres, on pouvait mettre une heure et demie. » Les lianes, les pins emmêlés, la végétation dense à traverser avec des gants… Chaque journée devient une négociation avec la nature. Et moralement, c’est souvent là que les choses se compliquent. « Tu sais jamais quand tu vas sortir de cette zone complètement bouchée. Peut-être dans cinq minutes, peut-être dans deux heures. »
Traverser des rivières à la nage avec 22 kilos de matériel
L’un des défis les plus frappants de la traversée : cinq rivières impraticables à pied, qu’il faut traverser à la nage. Isia et Guillaume ont développé une technique ingénieuse : gonfler leur matelas de camping pour en faire un radeau, y poser le sac, et nager en tirant l’ensemble avec une ficelle attachée au corps. « Nous, on peut nager. Mais le matériel, c’est lui qu’on ne veut pas mouiller. »
Lors d’une traversée mémorable, la ficelle d’Isia se détache en plein milieu de la rivière glacée. Le matelas se retourne, tout tombe à l’eau. Un Guillaume paniqué sur l’autre rive, le son capturé par la caméra encore en marche, et Isia qui réussit finalement à tout récupérer seule. Les sacs étanches ont joué leur rôle à la perfection : rien n’a été mouillé à l’intérieur. « On n’avait pas testé l’étanchéité… ça a fonctionné. »
Serpents, wombats et diables de Tasmanie
La faune de la Tasmanie est unique et Isia en a fait l’expérience directe. Contrairement au reste de l’Australie, pas de crocodiles ni d’araignées dangereuses. Mais trois espèces de serpents potentiellement mortels, dont le redoutable serpent tigre (Tiger Snake), qui peut atteindre deux mètres de long. Isia et Guillaume portaient des guêtres et des gants en permanence pour s’en protéger. Une précaution qui s’est avérée judicieuse : Isia est passée plusieurs fois à cinquante centimètres de l’animal sans le voir, c’est Guillaume, dix mètres derrière, qui l’apercevait.
Côté rencontres plus douces : des kangourous, des wallabies, des padamelons dans les sous-bois, et des wombats surpris à manger des algues au bord de l’eau. Et surtout, le clou du spectacle : sept diables de Tasmanie croisés sur l’ensemble du trek. Une espèce carnivore et charognard classée en voie de disparition, dont 80% de la population a été décimée par un cancer contagieux rarissime. Les voir en liberté dans la nature sauvage de la côte ouest, c’est un privilège que peu de voyageurs ont la chance de vivre.
L’ensauvagement, ce moment où les instincts reprennent le dessus
Petit à petit, Isia observe une transformation intérieure profonde. L’ensauvagement, c’est le titre qu’elle a donné à ce chapitre de l’aventure. Ce moment où les repères du quotidien s’effacent. On arrête d’éviter la boue. On crie dans l’eau glacée sans retenue parce qu’il n’y a personne à des kilomètres. On se retrouve à plat ventre à boire dans des flaques d’eau de pluie accumulées dans les creux des falaises. « On s’est retrouvé tous les deux à laper l’eau tels des animaux. »
Ce glissement progressif, loin d’être une régression, est décrit par Isia comme une reconnexion profonde : avec la nature, avec l’essentiel, avec soi-même. Les objectifs se réduisent à leur plus simple expression : avancer, ne pas se blesser, manger, dormir. Et les petits objectifs à court terme deviennent le moteur de chaque journée. « On voyait une pointe rocheuse au loin. On se disait : on y sera dans trois jours. Trois jours, ça paraît accessible. »
Des gravures aborigènes au fond d’une forêt primaire
Dans ces zones vierges de toute présence humaine contemporaine, Isia et Guillaume sont tombés par hasard sur une grotte ornée de gravures aborigènes. Des scènes de pêche, de chasse, des formes d’animaux tracées à même la roche. Plus loin, des cercles légèrement creusés dans les prairies, vestiges des anciennes huttes rondes des populations qui habitaient autrefois ces terres avant d’être décimées par la colonisation. Une découverte silencieuse, hors des sentiers touristiques, comme un rappel que ces paysages sauvages portent aussi une histoire humaine profonde et douloureuse.
L’aventure accessible à tous, le message d’Isia
Si Isia retient une chose à partager, c’est pour déconstruire l’idée que l’aventure serait réservée à une élite équipée et sponsorisée. « Il n’y a pas besoin d’avoir le matériel dernier cri. On peut partir avec le matériel qu’on a. Ça peut se vivre pas loin de chez soi. » Lors de leur première grande aventure en Islande, ils avaient un sac de couchage prévu pour +15°C alors que les nuits descendaient à 0°C. Ils ont fait avec.
Camille demande à Isia si ce trek l’a métamorphosée. La réponse est nuancée, et c’est ce qui la rend d’autant plus précieuse. « Je n’ai pas l’impression d’avoir complètement changé. Cette aventure s’inscrit dans une continuité. » Pas de rupture spectaculaire, pas de révélation soudaine. Juste la confirmation d’un mode de vie choisi, orienté vers la nature, le mouvement et la transmission. Aujourd’hui accompagnatrice en montagne, Isia continue à vivre au quotidien ce qu’elle prêche : un sac sur le dos, dehors, avec les autres.
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