Marie-Charlotte Danchin est l’hôte du podcast « Crush », où elle explore les premiers jours des histoires d’amour avec sensibilité et profondeur. Mais son propre coup de foudre a débuté en 2005, à Buenos Aires, dans l’auditorium de l’Alliance française. Une rencontre avec un Français au costume trop grand, un baiser sur un toit terrasse au coucher de soleil, puis des années de séparation, de retrouvailles hasardeuses dans le métro parisien, avant de finalement construire une vie de famille ensemble. L’Amérique latine est devenue le fil rouge de son histoire personnelle et professionnelle.

Vingt ans après cette première rencontre, Marie-Charlotte retourne sur ce continent mythique pour six mois de voyage en famille. Cette fois, elle emmène son compagnon Florian, leurs deux enfants de 8 et 10 ans, et son micro de podcasteuse. L’aventure prend une dimension particulière avec le « Crush Tour » : une série d’enregistrements en public dans huit Alliances françaises, à la rencontre de couples franco-latino. De Mexico à Bogota, elle explore les nuances de l’amour interculturel, la magie des rencontres en voyage, et la façon dont deux cultures s’entremêlent dans l’intimité d’un couple.

Cet épisode nous plonge dans six mois d’aventure nomade à travers le Mexique, le Guatemala, le Salvador, le Costa Rica, le Panama et la Colombie. Marie-Charlotte partage avec franchise les joies et les défis du voyage en famille : l’école sur la route, l’émerveillement permanent des enfants face à la nature, les couleurs vibrantes qui transforment le quotidien, et ce rapport au temps radicalement différent. Elle évoque aussi le retour en France, cette autre forme de voyage, parfois plus difficile que le départ.

Cet épisode de Good Visa est une invitation à cultiver sa curiosité, à prendre le temps, et à voir le monde à travers le regard émerveillé de l’enfance.

📚 Références mentionnées dans l’épisode

  • Compte Instagram de Marie-Charlotte : @crush_lepodcast
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Le podcast Good Visa est produit et présenté par Camille Merel.
Musique : Camille Merel

Note : 5 sur 5.

⏱️ Chapitres de l’épisode

00:02
Introduction : Le fil rouge latino-américain
Camille présente Marie-Charlotte et son lien particulier avec l’Amérique latine, tissé depuis 20 ans.
02:24
Buenos Aires 2005 : La rencontre qui a tout changé
Marie-Charlotte raconte sa première rencontre avec Florian à l’Alliance française de Buenos Aires, le début d’une histoire d’amour à rebondissements.
05:34
Retrouvailles providentielles et test de grossesse à Buenos Aires
Des années plus tard, le couple se reforme et retourne à Buenos Aires où ils découvrent leur deuxième grossesse au sommet d’une tour.
10:00
Le Crush Tour : Huit couples franco-latino
Présentation du projet d’enregistrements en public dans les Alliances françaises d’Amérique centrale pour explorer l’amour interculturel.
14:00
L’amour en voyage : Curiosité et déshinhibition
Parenthèse sur les rencontres amoureuses en voyage, la barrière de la langue, l’adaptabilité et les défis des couples binationaux.
23:42
Six mois en famille : Organisation et préparation
Comment la famille a organisé ce voyage de six mois, de la sous-location de l’appartement à l’école des enfants.
29:00
Mexique : Couleurs et émerveillement
Les premières impressions au Mexique, les couleurs vibrantes, l’ambiance de Oaxaca et trois semaines au bord du Pacifique.
38:00
Guatemala, Salvador et coup de cœur salvadorien
Les contrastes entre pays, la découverte du Salvador et ses habitants d’une gentillesse exceptionnelle.
42:00
Costa Rica, Panama et arrivée en Colombie
Le défi du budget au Costa Rica, la traversée maritime vers la Colombie par les îles San Blas, et l’accueil colombien.
48:00
Transformations : Renouer avec le goût du voyage
Ce que ces six mois ont transformé en Marie-Charlotte, notamment sa relation à l’écologie et au voyage.
53:39
Le retour en France : Sidération et questions existentielles
Les différentes phases du retour, plus difficile pour les adultes que pour les enfants, et les tensions du couple.
55:45
Cultiver la curiosité et le temps
Mot de la fin sur l’importance du temps et de maintenir l’aventure dans le quotidien.

L’Amérique latine à travers les yeux de Marie-Charlotte Danchin : Quand l’amour et le voyage s’entremêlent

De Buenos Aires au Salvador en passant par la Colombie, Marie-Charlotte nous emmène dans un périple de six mois en famille, où chaque destination ravive un pan de son histoire personnelle et révèle les secrets de l’amour interculturel.

Une histoire d’amour née à l’Alliance française de Buenos Aires

Tout commence en 2005, dans la capitale argentine. Marie-Charlotte, alors étudiante en gestion de projets culturels, débarque à Buenos Aires pour plusieurs mois. Elle parle couramment espagnol depuis son Erasmus et nourrit une véritable passion pour le continent latino-américain. Sa mission : monter un festival de cinéma latino et ramener des films du Nuevo Cine Argentino en France.

Un soir, elle se rend à l’Alliance française pour visionner un film. À l’entrée de la salle, un jeune homme déchire son ticket. Il porte un costume trop grand, affiche un sourire éclatant et détonne dans cet espace institutionnel. Marie-Charlotte, bien qu’en couple depuis quatre ans avec un petit ami resté en France, entame la conversation. Ils échangent leurs numéros, se revoient, et rapidement, un coup de foudre bouleverse tous ses plans.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Marie-Charlotte rentre en France après quelques mois, laissant une lettre d’amour sur le lit de Florian. Elle retrouve sa vie parisienne. Mais plusieurs années plus tard, le hasard – ou le destin – les fait se croiser dans le métro parisien. Florian est rentré en France avec une compagne chilienne, Marie-Charlotte est toujours avec son petit ami. Nouvelle séparation. Puis, nouveau hasard : ils se retrouvent à travailler ensemble dans l’événementiel. À 30 ans, Marie-Charlotte quitte son compagnon de huit ans. Deux ans plus tard, Florian et elle se remettent ensemble. Cette fois pour de bon. Treize ans après cette rencontre à Buenos Aires, ils sont toujours en couple et parents de deux enfants.

Le Crush Tour : Explorer l’amour franco-latino dans huit Alliances françaises

Deux décennies après sa première aventure sud-américaine, Marie-Charlotte a lancé « Crush », un podcast dédié aux histoires d’amour et aux premiers jours des relations. Avec son compagnon Florian, elle décide de réaliser un rêve de longue date : partir six mois en voyage en famille à travers l’Amérique centrale et du Sud. Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Un jour, Yann Lapoire, directeur de l’Alliance française de Medellín en Colombie, la contacte sur LinkedIn. Marie-Charlotte lui confie son projet de voyage et évoque son envie d’interviewer des couples franco-latino pour son podcast.

La réponse est immédiate : « Vas-y, on le fait. » Pendant un an, ils montent ensemble le « Crush Tour », une tournée des Alliances françaises entre le Mexique et la Colombie. Huit enregistrements en public sont programmés, dans le cadre des programmations culturelles locales. Ces épisodes, diffusés tout au long de 2025, forment une série spéciale dédiée à l’amour interculturel. La famille articule alors tout son itinéraire autour de ces huit villes : Mexico, Oaxaca, San Salvador, Medellín, San José… Chaque destination devient une double découverte, culturelle et amoureuse.

La magie des rencontres en voyage : Déshinhibition et curiosité

À travers ces huit interviews de couples franco-latino, Marie-Charlotte explore une question fascinante : existe-t-il des spécificités dans les rencontres binationales et biculturelles ? Les contextes varient. Certains couples se sont rencontrés en Europe dans le cadre de leurs études, comme à Mexico où une Mexicaine rencontre un Français dans l’ascenseur d’une fac à Rennes. D’autres sont des voyageurs qui sont partis en vadrouille et n’ont jamais refait le chemin inverse. Une professeure de français à San José au Costa Rica est venue travailler à l’Alliance française pour deux ou trois ans. Elle est tombée amoureuse d’un de ses élèves adultes. Vingt ans plus tard, elle y est toujours.

Marie-Charlotte explique que sa première réflexion, après ces huit histoires, est qu’il n’y a finalement pas de différence fondamentale. C’est toujours la rencontre entre deux êtres, deux histoires, deux inconnus avec leurs bagages respectifs. Pourtant, un élément revient systématiquement : une capacité exceptionnelle à être curieux, ouvert, et à accueillir l’inconnu. Ces personnalités ont un véritable goût pour l’aventure, pour aller à la rencontre de quelqu’un qu’on ne connaît pas, d’une culture différente.

Comme le raconte Marie-Charlotte dans le podcast Good Visa, le voyage crée une disposition émotionnelle particulière. Quand elle est arrivée seule à Buenos Aires en 2005, elle ressentait un sentiment de liberté extrême, presque vertigineux. Cette déshinhibition rend plus facile d’aller vers les gens, d’ouvrir son corps et son esprit à la rencontre. L’invitée de l’épisode de Medellín, partie un mois en Colombie pour faire un break, rencontre un garçon trois jours après son arrivée. Elle n’est jamais rentrée. Elle était dans un état d’esprit de lâcher-prise total : « Advienne que pourra, j’y vais et on verra bien. »

Les défis de l’amour interculturel : Langue, famille et vision du monde

La barrière linguistique est un élément récurrent dans ces histoires. Certains couples parlent anglais comme langue commune, même après huit ans de relation. D’autres doivent apprendre l’espagnol pour communiquer. Marie-Charlotte soulève une question essentielle : peut-on être véritablement soi-même à 100 % quand on s’exprime au quotidien dans une langue qui n’est pas notre langue maternelle ? La réponse varie selon les couples, mais un pattern émerge : exprimer ses émotions dans une langue étrangère est généralement possible, mais lors des disputes, c’est le retour immédiat à la langue maternelle. Les émotions trop fortes exigent les mots de l’enfance.

La présence de la famille, les rituels sociaux, la religion, la façon de concevoir l’amitié, tout cela fonctionne différemment selon les cultures. Marie-Charlotte se demande même si cette grande différence initiale ne contribue pas à la longévité de ces couples. Puisque le référentiel culturel n’est pas le même, le chemin pour atteindre l’autre est plus long. Si on entretient cette curiosité au fil de la relation, on a toujours de nouvelles choses à apprendre. Le couple du Costa Rica est ensemble depuis 20 ans. Cette quête permanente de compréhension de l’autre pourrait expliquer pourquoi certains couples interculturels durent plus longtemps, nourris par l’amour, le mystère, la découverte et la surprise.

Annoncer à sa famille qu’on s’installe à l’autre bout du monde avec quelqu’un d’une autre culture représente également un défi. Dans l’épisode sur le Salvador, Elisa et Mauricio partagent les inquiétudes des parents d’Elisa face à la situation sécuritaire du pays. Ces questions traversent toutes les histoires : comment l’annoncer, comment la famille le prend, quelle est leur ouverture d’esprit, comment garder le lien à distance ?

Mexique : Un mois entre couleurs vibrantes et vie de famille

Le départ pour le Mexique marque le début de l’aventure familiale. Marie-Charlotte, Florian et leurs deux enfants de 8 et 10 ans posent leurs valises pour deux mois dans le pays. Ce qui frappe immédiatement Marie-Charlotte, ce sont les couleurs. Partout, tout le temps, des façades colorées, des dessins, des peintures murales. Cette omniprésence de la couleur change complètement son rapport à la réalité et son humeur. À Paris ou en Europe, les façades sont uniformes. Au Mexique, chacun repeint sa maison de deux, trois couleurs différentes, créant des assortiments extraordinaires.

À Mexico, c’est l’adaptation, la première rupture avec le quotidien français. Puis vient Oaxaca, un véritable coup de cœur. Marie-Charlotte explique que cette ville l’a transpercée émotionnellement. Au-delà des couleurs, c’est le rythme, le tempo qui l’a séduite. Son corps s’est adapté à cette nouvelle cadence, aux gens extrêmement chaleureux, aux échanges, à la « Mescalita » partagée en terrasse. La famille passe ensuite trois semaines à Mazunte, au bord du Pacifique. Le choix de rester trois semaines au même endroit est délibéré : expérimenter une vie normale ailleurs. Ils prennent le bus, font les courses, vont à la plage tous les jours, comme des locaux. Ces petits détails du quotidien restent gravés dans la mémoire de Marie-Charlotte.

Le rapport à la nature est également très différent au Mexique et dans toute l’Amérique centrale. La faune et la flore sont encore accessibles, préservées. Une myriade d’oiseaux de toutes les couleurs, des baleines, des dauphins, des tortues, des espadons dans la mer. Les enfants nagent avec les dauphins, sautent du bateau, masque et tuba. Ce contact quotidien avec la nature marque profondément l’expérience familiale.

Du Guatemala à la Colombie : Contrastes et coups de cœur

Après le Mexique, la famille passe dix jours au Guatemala. Marie-Charlotte avoue franchement que ce n’a pas été son meilleur souvenir. Elle s’est sentie mal à l’aise dans un pays très touristique. L’ascension du volcan Acatenango, l’excursion phare du pays, se fait dans une file de randonneurs pendant cinq heures. Le lac Atitlán est sublime, mais le mélange touristes-locaux-indigènes-hippies allemands ne lui convient pas. Bien sûr, chaque expérience est subjective, et de nombreux voyageurs adorent le Guatemala.

Le Salvador, en revanche, devient le pays coup de cœur de Marie-Charlotte. Avant de partir, elle ne le situait même pas sur la carte. Elle savait juste que c’était un pays dangereux à cause des gangs. Sur place, avec Elisa, la Française du couple interviewé qui a une agence touristique, elle découvre l’histoire tragique et fascinante du pays. Le président actuel a « nettoyé » les rues des gangs, redonnant aux Salvadoriens leur liberté de mouvement. Marie-Charlotte se transforme en journaliste, discutant avec tous ceux qu’elle croise pour comprendre la situation. Le pays est petit, facile à parcourir, et les habitants d’une gentillesse extrême.

Au Costa Rica, le défi est budgétaire. Un repas basique coûte minimum 20 € par personne, contre 3 € en Colombie. Les parcs naturels sont hors de prix : jusqu’à 120 dollars par personne pour les plus grands. La famille se défait de la pression de la « case à cocher » et reste sur la côte Caraïbe, où l’entrée des parcs fonctionne sur donation. À Cahuita, ils louent une cabane dans un immense jardin, cohabitant avec des singes Congo, des singes Capucins, un alligator, un serpent, et une multitude d’insectes. Une vie au rythme de la jungle.

Le Panama offre la découverte du canal et des îles Bocas del Toro. Pour rejoindre la Colombie, impossible de passer par voie terrestre : c’est la route des migrants, extrêmement dangereuse. La famille choisit une excursion maritime de cinq jours à travers les îles San Blas, un archipel paradisiaque. Ils se déplacent en bateau, dorment dans des hamacs, avant d’arriver enfin en Colombie.

Marie-Charlotte qualifie les Colombiens de « peuple le plus gentil du monde ». Les Paisas, habitants du centre de la Colombie, sont réputés pour leur gentillesse exceptionnelle. Partout, au supermarché, au restaurant, dans les taxis, dans la rue, tout le monde est gentil. Ce pays immense contient plusieurs pays en un, avec des différences culturelles marquées entre la côte Caraïbe et la Zona Cafetera. La famille y reste presque deux mois.

Voyager avec des enfants : Émerveillement et adaptation

La question de l’école préoccupe souvent les familles qui veulent voyager longtemps. Marie-Charlotte et Florian ne se sont pas pris la tête. Leurs enfants n’ayant aucun problème scolaire, ils ont simplement fait une demande à l’académie via la directrice d’école, acceptée facilement. Ils ont signé un papier attestant sur l’honneur qu’ils délivreraient l’enseignement. Les deux premiers mois au Mexique, ils ont fait une heure de classe le matin avec le matériel fourni par les institutrices. Les enfants tenaient un carnet de voyage où ils écrivaient ce qui s’était passé la veille, dessinaient, collaient. Ils sont devenus accros au « journaling » et réclamaient cette activité chaque matin.

Après quelques mois, la famille a relâché la pression sur le travail scolaire classique. L’apprentissage se faisait autrement, au quotidien, à travers les découvertes. Marie-Charlotte souligne que cela peut sembler bateau, mais ses enfants ont appris tellement plus que dans le cadre scolaire habituel. Ils ont appris sur le monde et sur eux-mêmes.

Ce qui a absolument fasciné Marie-Charlotte, c’est la capacité d’émerveillement de ses enfants face à tout. Voyager à travers leur regard est la meilleure manière qui soit de voyager. Ils ne sont jamais blasés de rien. Tout est extraordinaire, spectaculaire. Les parents ont passé six mois à vivre à travers cet émerveillement permanent. Marie-Charlotte est sûre que sans les enfants, au bout d’un moment, ils auraient dit « Ouais, bon, ça, on l’a déjà vu ». Avec eux, impossible. Cette soif de découverte se cultive, et être en présence d’enfants permet de la maintenir vivante.

Marie-Charlotte avait beaucoup d’appréhension sur le huis clos à quatre. Dans leur vie quotidienne, ils ne sont pas ensemble toute la journée. Elle avait peur de devoir se supporter pendant six mois sans échappatoire. En réalité, elle n’en a pratiquement pas souffert. Elle a vécu ce moment comme unique, une chance de passer du temps avec ses enfants différemment que le soir entre 18h et 21h. Elle les a vus évoluer entre l’arrivée à Mexico et le départ de Bogota. Leur ouverture d’esprit, l’apprentissage de l’espagnol, leur confiance face aux gens, leur capacité d’adaptation à une vie nomade, à une langue qui n’est pas la leur, tout cela a été fascinant à observer. Sa fille s’est même transformée en « Greta Thunberg de la cause animale », sensibilisée par les forêts primaires du Costa Rica et les plages du Mexique.

Le retour en France : L’autre voyage

Si l’adaptation au voyage s’est faite facilement, le retour en France a été plus compliqué, du moins pour les adultes. Les enfants, avec leur capacité d’adaptation hors norme, étaient hyper contents de retrouver l’école, les maîtres, les copains, les grands-mères, les cousins. Le grand attendait même ce retour avec impatience le dernier mois.

Pour Marie-Charlotte et Florian, plusieurs vagues se sont succédé. D’abord, la sidération : « Où suis-je ? Qui suis-je ? Que fais-je ici ? Pourquoi je ne bouge plus autant qu’avant ? » Ensuite, la grosse claque du retour au travail pour Florian, des contraintes horaires de l’école. « Là, on était en PLS total », avoue Marie-Charlotte. Après avoir retrouvé le rythme, parce qu’on est bien obligé, sont venues les questions existentielles que chacun a dû gérer de son côté. Le temps d’analyser ce qui se passait, il y a eu quelques étincelles, puis un clash. Ensuite, le temps de réatterrir, de se reconnecter, de recommuniquer. Maintenant, tout va bien, mais le retour a été un défi que Marie-Charlotte n’avait pas anticipé.

Le retour est presque un autre voyage en soi, une adaptation souvent plus difficile que le départ, surtout après une si longue durée d’absence.

Transformations durables : Renouer avec le goût du voyage

Ce voyage a transformé plusieurs choses chez Marie-Charlotte. D’abord, le goût du voyage lui-même. Pendant presque dix ans, elle n’a pas voyagé, par conscience écologique. Ses enfants avaient pratiquement pas voyagé avant cette aventure. Au retour, elle se dit : « C’est très bien d’avoir une conscience écologique, mais c’est nécessaire d’aller voir ailleurs ce qui se passe. » Voir comment les gens pensent de l’autre côté de la planète, dans quelles conditions ils vivent, selon quelle philosophie de vie. C’est essentiel pour se sentir vivant, pour comprendre le monde dans lequel on vit.

Marie-Charlotte affirme qu’elle ne s’interdira plus de prendre l’avion, même si cela peut choquer. Elle et sa famille ne sont pas les plus grands pollueurs, ils font les choses consciemment. Pas question de prendre l’avion pour trois jours au Japon. Mais pour un grand voyage, oui. Elle privilégie la réflexion sur des voyages longs et significatifs.

La notion de temps a également été centrale. Le voyage a été guidé par l’envie de prendre le temps. Jamais ils n’ont couru. Ils ont passé beaucoup de temps aux mêmes endroits : trois semaines par-ci, deux semaines par-là, rarement une seule nuit au même endroit. Cette lenteur leur a permis de sentir les gens, le rythme, le tempo, la façon de vivre, et d’être ensemble. Dans leur vie quotidienne, c’est rare d’y arriver.

Ces six mois ont été un moment presque sans contrainte. Les seules contraintes étaient de se nourrir, trouver un toit, ne pas avoir trop chaud ou trop froid. Pas de sollicitation sociale, ou presque. Ce temps, Marie-Charlotte pense qu’il faut le renouveler pour entretenir le lien familial, le noyau à quatre.

Elle a aussi l’impression d’avoir renoué avec une version d’elle-même plus jeune. Dans sa vingtaine, elle voyageait beaucoup et aimait ça. Avec les enfants, Covid, et la prise de conscience écologique, ce goût de l’aventure, de l’inconnu, de l’autre, était moins présent. Après ces six mois, elle se demande comment elle a pu passer dix ans sans voyager. Ça fait partie d’elle. Elle le veut dans sa vie.

Cultiver l’aventure au quotidien

De retour en France, la question se pose : comment continuer à cultiver cette aventure et cette découverte permanente pour les enfants ? Marie-Charlotte et Florian réfléchissent à voyager régulièrement, à leur manière, en partant toujours à la quête de quelque chose. Leur prochaine mission s’appelle « Mission Fennec » : partir dans le désert d’Afrique du Nord pour voir des fennecs dans leur habitat naturel, l’animal préféré de leur fille. L’idée est de partir d’un livre, d’un fait historique, d’un personnage, d’un auteur, d’un manga qui stimule et émeut particulièrement les enfants. Cela peut être un bon prétexte à voyager et découvrir.

Pour elle-même, Marie-Charlotte sait qu’il s’agit de cultiver sa curiosité. Ce n’est pas toujours évident dans la routine du quotidien, avec la charge mentale et les sollicitations multiples. Comme on a besoin d’espace pour entretenir son couple, on a besoin d’espace pour entretenir sa curiosité. Se garder des moments pour lire, aller voir des expositions, des documentaires, se donner l’autorisation et l’espace pour explorer un sujet qui l’intéresse. C’est cet espace qui entretient la flamme, cette étincelle qui déclenche le mouvement.

Son mot de la fin résume tout : le temps. La gestion du temps en voyage, et par ricochet dans nos vies, est super importante. On a toujours l’impression de courir après, mais il est possible de s’en donner. Il faut s’en donner les moyens. Derrière, la récompense est immense.

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